Vous venez de sortir votre nouvel album et en faites donc la promo, mais avec une approche très différente des tournées promo habituelles … pourquoi ?
C’est juste que par rapport à d’autre gens qu’ont plus compris les rouages du système, moi je me sens pas l’obligation de me vendre avantageusement. On est pas obligé de mettre des grands itinéraires fléchés pour expliquer aux gens comment écouter un disque ou comment percevoir la personne. C’est selon les goûts des uns et des autres. Qu’on aime bien ce que je fais, c’est bien, ça me réveille pas la nuit pour autant et qu’on m’aime pas ça me dérange pas non plus.
Vous avez des textes très engagés où vous dénoncez beaucoup, la musique c’est un combat pour vous ?
Un combat, ben non. C’est un plaisir, un espace d’expression que j’utilise. Ce qu’on voit surtout, quand on fait du rap qui dit quelque chose, c’est qu’il y a 90% du rap pour pas dire grand-chose. L’industrie du disque c’est l’industrie de l’inter paiement. Mon loisir ça passe pour de l’engagement, pour moi c’est pas de l’engagement, c’est normal, c’est tout. Donner son avis ça fait pas de moi quelqu’un de différent ni d’exceptionnel.
Aujourd’hui surtout avec une certaine fracture due à une gouvernance stérile tyrannique il est de bon ton d’être engagé. Mais moi ce que je fais je l’ai toujours fait, avoir des préoccupations, regarder autre chose que mon nombril, vous parler d’autre chose que mes doigts de pieds. Ça serait une posture tellement plus belle et révolutionnaire que de dire « oui moi mon rap c’est de la lutte et du combat ». Mais non, moi je lis les journaux, je regarde ce qui se passe autour de moi, la vie je l’entends dans le bus, le matin dans les cafés, le rap me permet d’en parler. L’engagement moi ça m’a toujours fait rire. C’est comme s’il y avait une espèce de normalité au désengagement. C’est assez triste qu’on en fasse même des postures guerrières, militantes, révolutionnaires et que beaucoup de gens dans la musique embrassent au grès de la tendance du moment ce genre de postures.
Y’a des gens dans des syndicats, des gens qui battent le pavé. C’est tous ces mouvements là, les uns avec les autres imbriqués qui créent des synergies, qui convergent dans un même sens. Ce que je fais dans le fond c’est que de la musique.
Vous n’êtes pas du tout dans la course au succès ?Faire des grosses scènes comme au Printemps de Bourges c’est important ?
Je ne me suis jamais posé la question du succès. Je m’en fous. Bourges, c’est une scène comme une autre, ça fait très variété, il y a toujours des euphoriques. Moi ça me fait toujours plaisir de faire des scènes. Petite, grande, c’est le plaisir de jouer, faire des concerts. Y’a pas de prestige au fond : faire des concerts c’est pour rencontrer des gens. Savoir si derrière la scène y’a un carré VIP je m’en fous.
.
en concert vendredi 2 juillet // Helette // Festival Euskal Herria Zuzenean
Interview par Stéphanie Carré