Vous êtes un groupe à l’univers et aux sonorités originales, mais comment vous est venue l’idée d’associer le rap/ Hip hop et la Jazz/soul, qui sont quand même deux univers très éloignés ?
Pas tant que ça finalement. Pour moi ça fait partie de l’arbre généalogique du hip hop. Le Jazz, la soul et le funk c’est juste qu’on a essayé de faire coïncider les générations musicales et voilà. Donc nous aussi c’est assez cette volonté, c’est juste que c’est les sonorités et les styles musicaux qui nous plaisent et qui nous font vibrer donc forcément ce mélange là il a été naturel pour nous mais cette filiation entre le hip hop et la funk et la soul elle est assez naturelle je pense.
Et comment vous définiriez votre troisième opus, 16 pièces ?
Moi je le définirais un petit peu comme un patchwork c’est-à-dire qu’on a des morceaux qui fonctionnent indépendamment mais qui restent dans l’esprit des albums précédents c’est à dire avec ce son organique, cette manière d’aborder les choses avec un certain recul et pas mal de dérision parfois même sur des sujets sérieux. Le concept de l’album c’est le puzzle.
Vous avez fait beaucoup de collaborations avec d’autres artistes, pourquoi ce choix ? Pourquoi autant de choses différentes dans ce puzzle finalement ?
Tout simplement pour enrichir et diversifier un peu le propos du disque. C’est vrai que moi je réalise le disque de A à Z et entendre ma voix d’un bout à l’autre de l’album je trouverais ça lassant déjà rien que pour moi. J’ai aussi envie qu’il y ait d’autres voix et aussi des moments de respiration que ce ne soit pas ma voix qui fasse la totalité de l’album. Après c’est aussi une volonté de rencontrer des gens, de partager des moments artistiques on va dire avec des artistes qu’on apprécie donc voilà, il y a tout ça un petit peu.
Votre premier single « A mi chemin » avec Akhenaton, est ce que c’était un rêve un petit peu puisque c’est un de vos mentors, comment ça s’est passé cette collaboration ?
Ben forcément, c’est ce qu’on fait à chaque album, c’est des rêves de musiciens, de fans de music donc voilà IAM, on écoutait ça en boucle pendant des années, Akash, aussi sur ses projets solos moi « Meteque et Mat » ça reste un de mes albums préférés en français donc voilà. Pour pouvoir aller travailler avec lui dans ces conditions là, c’est-à-dire on a eu une journée où on était dans son studio à Marseille et ça s’est vraiment fait dans la bonne humeur et dans la simplicité et c’est ça qu’on rêvait. De pouvoir rencontrer quelqu’un de simple, de se sentir à l’aise et pouvoir juste faire de la musique ensemble et ça s’est fait comme ça donc on était hyper content.
J’ai vu aussi votre clip « Beautiful Looser » et j’ai trouvé que c’était un peu sur le même ton que le groupe Justice avec les formes, les couleurs, tout ce qui est dessins, enchaînements etc, comment vous le percevez vous ?
Ben c’est vrai que ça se situe dans cette veine de clips très graphiques etc, c’est parce que je suis passionné de graphisme et d’Art en général donc j’ai envie que le clips d’Hocus reflète quelque chose de très créatif et originale qui s’inscrivent pas forcément dans les standards des clips de rap et essayer un peu de sortir de l’ordinaire. J’aime bien chaque fois trouver quelqu’un qui est créatif et talentueux et là ça a été Nyno Wu Yue qui a réalisé ce clip et qui a fait tout le dessin animé on va dire. Moi je préfère faire des choses créatives à chaque fois.
Créative et décalée en même temps parce que vous n’êtes pas du tout dans l’optique du moins française qu’on a du rap habituellement.
Non puis c’est vrai on n’a jamais eu envie de se montrer. Je n’ai pas envie de faire un clip où on me voit en train de rapper. J’ai toujours envie que ce soit amené de manière décalée et avec assez d’originalité. Moi c’est ce que j’aime voir comme clip donc j’ai envie que ceux d’Hocus soient un peu à l’image des clips que j’aime.
Et à ceux qui disent que vous faites du rap doux, vous leur répondez quoi ?
Ben à la limite oui. Pour moi il n’y a rien de péjoratif à faire quelque chose de serein et de posé. Je n’ai pas de problème avec ça, il faut que ces personnes là viennent nous voir en live et si elles jouent le jeu elles ne sortiront pas avec la voix indemne et le T-shirt sec. Donc à la douceur, il y a aussi un petit peu de nuance quand on applique le morceau en live et même sur le disque. Après il y a plein de lectures à notre musique : si on s’attache en effet à certains textes, à certaines ambiances on peut trouver ça sage mais si on lit un peu entre les lignes on va voir un peu le côté cynique qu’il peut y avoir et parfois sombre donc je pense qu’il y a différentes lectures.
Par rapport aux deux extraits de votre album, ce sont deux morceaux qui font participer deux artistes, Akhénaton et Alice Russel, est ce que c’est volontaire et est ce que c’est pour appuyer votre image ou au contraire des choix non réfléchis ?
Non c’est aussi tout simplement parce que ces morceaux là ressortaient plus naturellement. Maintenant je suis en train de travailler sur un autre clip qu’est le morceau « 100 grammes de peur » qui n’est pas du tout un single entre guillemet même, c’est juste pour le plaisir donc voilà, là du coup c’est un morceau sans invité et vraiment un clip pour mettre de l’image sur des choses. J’avais des images en tête sur ce morceau que j’ai eu envie de concrétiser et oui c’est juste parce que c’était des morceaux qui, pour un clip s’y prêtaient bien. Donc ce n’est pas pour mettre à tous prix des featurings en avant.
Dans vos chansons, vous abordez des thèmes actuels, des thèmes assez sérieux, est ce que vous vous voulez le reflet de la société ?
Déjà on essaie d’être le reflet de nous même donc forcément au travers de nos yeux et de nos oreilles ben il y a un peu ce qui se passe autour de nous et voilà. Nous notre album on pourrait l’assimiler juste à une personne c’est-à-dire que ça va être quelqu’un qui va avoir des humeurs changeantes, des coup de gueule parfois, des journées sombres d’autres instants où il va juste avoir envie de passer un bon moment et de rigoler et de se marrer. Donc cet album reflète un peu cet état d’esprit donc à la fois un regard sur le monde qui nous entoure, mes coups de gueule sur la société, sur le système médiatique et puis à la fois des morceaux très légers sur des clins d’œil ou des anecdotes comme ça. L’album a été écrit en l’espace de trois mois donc forcément il reflète une période assez courte de nos vies et de ma vie en particulier puisque j’écris les textes.
Je vous disais ça parce que la chanson 25/06 c’est un hommage à Mikael Jackson et en fait j’aurais aimé savoir pourquoi vous l’aviez écrite, dans quel but, est ce que vous êtes fan de Mikael Jackson et vous lui rendez hommage ou est ce que c’est juste dans un but informatif et de dire qu’on ne l’oublie pas ?
Ben justement pas du tout. Pour moi ce morceau là c’est pas du tout un hommage à Mickael Jackson même si en toile de fond il y a de la tendresse pour le personnage ; c’est juste un prétexte cet évènement pour parler des médias et de la manière dont un évènement tel que la mort de Mikael Jackson peut éclipser le reste des informations et ça c’est assez révélateur du système classique aujourd’hui. C’est parfois privilégier l’information spectacle pour pouvoir vendre des pages de pub, pour pouvoir faire des parts de marché et c’est vraiment ça le fond de ce morceau si on écoute entre les lignes. Forcément il y a toute une référence à Mikael Jackson. J’ai pris cet évènement comme prétexte et comme angle pour traiter ce sujet mais en toile de fond ce sont quand même les médias qui sont pointés du doigt sur ce morceau là.
D’accord. Une dernière question, vous faites parti du groupe Coups2Cross, donc comment vous vivez cette double appartenance ? Qu’est ce qu’elle vous apporte en plus d’Hocus Pocus ?
Ben je la vis très bien déjà, non mais c’est vrai qu’on a mis ces dossiers un peu entre parenthèses parce que Hocus Pocus décollait et qu’on avait une belle équipe et qu’on s’amusait bien aussi avec Hocus alors DJ Pfel et DJ Atome de Coups2Cross ont aussi monté leur collectif qui s’appelle Beat Torrent qui leur a permis de eux créer leur histoire en parallèle d’Hocus Pocus et puis là on pense se réunir pour faire un album courant 2011 donc ça c’est une volonté qu’on a depuis très longtemps mais on laissait juste les choses se faire en attendant. Et voilà maintenant le temps est venu de pouvoir concrétiser cette histoire mais ça coïncide très bien avec Hocus Pocus.
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en concert le 6 mai // Atabal, Biarritz
Interview par Laurianne Muller